Le CIO n’enquêtera pas sur Infantino de la FIFA pour l’ingérence de Trump
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Le CIO n’enquêtera pas sur Infantino de la FIFA pour l’ingérence de Trump

Le Comité international olympique a rejeté une plainte formelle pour droits humains visant le président de la FIFA, Gianni Infantino, estimant que l’affaire relevait de sa juridiction. Cette décision, selon ses critiques, montre à quel point la surveillance indépendante est faible au sommet du football mondial, alors même que la FIFA se prépare à attribuer la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite.

Ce que la plainte alléguait

La plainte a été déposée par FairSquare, une organisation basée à Londres qui surveille la reddition de comptes dans le sport mondial. FairSquare a accusé Infantino d’avoir enfreint les règles de neutralité politique de la Charte olympique en raison de sa relation particulièrement étroite avec le président américain Donald Trump. La section deux de la Charte stipule que les membres du CIO ne doivent accepter « aucun mandat ni aucune instruction susceptible d’entraver la liberté de leur action et de leur vote » de la part de gouvernements ou de parties extérieures. Infantino est membre du CIO depuis 2020, ce qui, selon FairSquare, aurait dû le soumettre exactement à ce type de contrôle.

La plainte portait sur un incident précis survenu pendant la Coupe du monde : Trump a admis publiquement l’avoir appelé personnellement pour lui demander de reconsidérer une suspension liée à un carton rouge infligée à l’attaquant américain Folarin Balogun. Balogun avait été expulsé lors de la victoire 2-0 contre la Bosnie-Herzégovine et devait purger une suspension automatique d’un match, ce qui l’aurait privé du match des huitièmes de finale contre la Belgique.

La controverse du carton rouge de Balogun

Peu après que l’intervention de Trump est devenue publique, la FIFA a suspendu la sanction de Balogun pendant douze mois, sans fournir d’explication autre qu’une référence générale à une règle permettant de différer les sanctions. Balogun a ensuite été titularisé contre la Belgique, match que les États-Unis ont perdu 4-1. L’image était difficile à ignorer : un chef d’État en exercice semblait avoir obtenu une faveur personnelle du plus puissant administrateur du football, et la procédure disciplinaire de la FIFA avait été modifiée pour s’y adapter, sans aucune explication publique sur les raisons de cette décision.

Cet épisode a semblé à de nombreux observateurs illustrer exactement le type d’ingérence politique que des chartes de gouvernance comme celle du CIO sont censées empêcher — les règles du sport paraissant négociables pour le bon appel téléphonique.

La réponse du CIO

Malgré la gravité de l’allégation, la commission d’éthique du CIO a conclu qu’elle n’avait pas l’autorité nécessaire pour agir. Dans son communiqué, la commission a indiqué que la plainte

« ne concerne que les décisions de la fédération internationale relatives à sa gouvernance et à sa gestion, y compris ses relations avec les gouvernements, ainsi qu’à la mise en œuvre des règles de son sport par la fédération internationale, ce qui relève tous deux en dehors du champ d’application du code d’éthique du CIO ».

En termes plus simples : parce que la FIFA est techniquement une fédération indépendante, le CIO estime ne pouvoir surveiller le comportement d’un responsable que dans les affaires qui concernent directement le CIO — et non les décisions que cette personne prend au sein de sa propre organisation, même lorsque ces décisions soulèvent précisément les questions de neutralité pour lesquelles la Charte a été rédigée. La commission a ajouté séparément qu’elle

« poursuivrait ses efforts pour renforcer la bonne gouvernance au sein du Mouvement olympique »,

une déclaration que les militants ont jugée purement rituelle au vu de l’issue de ce dossier.

FairSquare a été officiellement informée qu’aucune enquête ne serait ouverte.

Pourquoi cela importe pour la gouvernance de la FIFA

Ce n’est pas la première fois que le comportement d’Infantino suscite des critiques sans conséquence. Il a déjà fait l’objet — et s’est sorti — d’une autre bataille juridique en Suisse, liée à une enquête d’un procureur spécial sur des réunions avec l’ancien procureur général suisse, la FIFA ayant réussi à faire valoir que certains aspects de cette enquête sortaient du cadre approprié. Le schéma est constant : des allégations émergent, des subtilités de compétence sont invoquées, puis l’affaire se referme sans qu’aucun organisme externe n’examine le fond.

Pour une organisation qui se présente comme l’autorité morale et administrative du football, la capacité répétée à échapper à tout examen indépendant soulève une question essentielle : qui tient réellement la direction de la FIFA responsable, si ce n’est pas le CIO, ni les tribunaux nationaux, ni les propres membres de la FIFA ? La Fédération norvégienne de football envisage par ailleurs de déposer une plainte formelle auprès du comité d’éthique de la FIFA au sujet de ce même retournement du carton rouge, mais un organe qui s’auto-contrôle constitue un contre-pouvoir bien plus faible qu’une supervision indépendante.

Un schéma d’impunité avant 2034

Cet échec de gouvernance survient à un moment particulièrement sensible. La FIFA est en pleine préparation de la Coupe du monde 2034 en Arabie saoudite, une candidature déjà critiquée par des militants en raison d’un processus de sélection non compétitif — approuvé par acclamation plutôt que par vote formel — et parce que la FIFA aurait abaissé ses propres normes relatives aux infrastructures des stades pour s’adapter à la candidature du royaume. Des groupes de défense des droits, des syndicats et des organisations de liberté de la presse ont tiré la sonnette d’alarme au sujet de l’exploitation du travail dans le cadre du système de kafala, des restrictions imposées aux femmes, de la criminalisation des relations LGBTQ+ et du bilan général de l’Arabie saoudite en matière de droits humains, autant d’éléments que cette campagne a déjà documentés en détail ailleurs sur ce site.

Le fil conducteur entre l’épisode Infantino-Trump et la candidature saoudienne pour 2034 est le même : un organe dirigeant qui semble prêt à assouplir ses propres règles sous pression politique ou financière, tout en échappant à toute véritable reddition de comptes externe lorsqu’il le fait. Si la direction de la FIFA peut contourner son propre processus disciplinaire à la demande d’un chef d’État sans en subir de conséquences, il devient plus difficile de croire que l’organisation imposera à un pays hôte — avec en jeu les intérêts commerciaux de la FIFA elle-même, notamment le Fonds d’investissement public saoudien et les liens économiques plus larges avec le football — une norme véritablement contraignante en matière de droits humains.

Réactions et suite

Les défenseurs des droits humains ont exprimé leur frustration face à cette décision, affirmant qu’elle confirme précisément le type de structure de gouvernance non accountable qui rend le sportswashing possible dès le départ. Lorsque ni le CIO ni les systèmes juridiques nationaux ne peuvent atteindre les décisions internes de la FIFA, et que les propres mécanismes d’éthique de la FIFA sont chargés d’enquêter sur le président de la FIFA lui-même, le contrôle externe disparaît en pratique.

Pour les militants opposés à la Coupe du monde 2034, cet épisode renforce l’argument central du mouvement : on ne peut pas compter sur la FIFA pour s’autoréguler en matière d’ingérence politique, de transparence ou de droits humains, et attribuer son tournoi phare à un État au bilan saoudien ne fait qu’aggraver un déficit de responsabilité déjà grave.

Appel à l’action

C’est précisément pour cette raison que cette campagne continue d’appeler à une pression publique sur la FIFA et ses sponsors avant 2034. Signez la pétition, partagez cet article et continuez à exiger une supervision indépendante d’une organisation qui a montré à plusieurs reprises qu’elle ne se tiendra pas elle-même responsable.