Libertés de la presse et Mondial 2034
Credit: adhrb.

Inquiétudes sur la liberté de la presse pour la Coupe du Monde 2034 en Arabie saoudite

La nomination de l’Arabie saoudite comme hôte de la Coupe du Monde 2034 de la FIFA met en lumière de sérieuses préoccupations concernant la liberté de la presse et l’indépendance médiatique dans le royaume. Connu pour sa gouvernance autoritaire et sa répression systémique de la dissidence, le pays figure parmi les derniers au classement mondial de la liberté de la presse. L’accueil d’un événement attirant une forte attention internationale risque d’aggraver la censure, la surveillance et la répression des journalistes, contredisant les affirmations de la FIFA en matière de droits humains et de liberté d’expression.

État actuel de la liberté de la presse en Arabie saoudite

Selon Reporters sans Frontières (RSF), l’Arabie saoudite occupait la 162ᵉ place sur 180 pays dans l’Indice mondial de la liberté de la presse 2025, faisant d’elle l’un des environnements médiatiques les plus restrictifs. Le gouvernement contrôle strictement toutes les formes de médias : journaux, télévision, plateformes numériques et même journalistes basés à l’étranger. Le journalisme indépendant est presque inexistant, la majorité des médias étant détenus ou alignés sur l’État. Les voix dissidentes subissent arrestations arbitraires, interdictions de voyager et emprisonnements sous des accusations vagues comme « incitation au trouble » ou « ternir l’image de l’État ».

Cadre juridique et mécanismes de censure

Le cadre légal saoudien impose une censure sévère via des Lois antiterroristes et cybercriminelles largement définies, souvent utilisées pour réduire au silence journalistes, activistes et citoyens critiques du gouvernement. Ces lois criminalisent des notions floues comme « nuire à la réputation de l’État » ou diffuser de « fausses informations », offrant une grande marge d’interprétation aux autorités. Les détentions arbitraires et procès inéquitables se sont intensifiés, renforçant une culture de peur et d’autocensure.

En 2025, de nouvelles réglementations médiatiques sous la supervision de la General Commission for Audiovisual Media (GCAM) ont renforcé le contrôle sur les contenus médiatiques et numériques. Elles exigent que journalistes, influenceurs et créateurs de contenu obtiennent une licence gouvernementale avant toute publication. Les règles interdisent les « fausses nouvelles », les critiques envers l’islam ou la famille royale, et tout contenu « contraire à la morale publique », laissant place à des interprétations arbitraires. Les sanctions incluent amendes, suppressions de contenu, fermetures de comptes et poursuites pénales.

Surveillance numérique et répression en ligne

Les autorités utilisent des technologies de surveillance avancées, y compris des logiciels espions visant aussi des personnes à l’étranger. Des campagnes coordonnées de diffamation et d’intimidation sont menées pour réduire au silence les voix indépendantes et étouffer les perspectives divergentes.

Risques pour les journalistes couvrant le Mondial

La Coupe du Monde accentue les pressions sur les rares journalistes indépendants présents dans le pays. Les reporters étrangers feront face à des restrictions strictes, à la surveillance et à la censure. La menace d’arrestation ou d’expulsion plane sur ceux enquêtant sur les conditions de travail, les violations des droits humains ou les réalités sociales dissimulées derrière l’événement.

Préoccupations de la communauté internationale

Des organisations comme Amnesty International, Human Rights Watch et la Committee to Protect Journalists ont condamné la décision de la FIFA. En mai 2025, une coalition d’avocats internationaux, dont l’ancien conseiller anti-corruption de la FIFA Mark Pieth, a déposé une plainte de 30 pages accusant la FIFA de violer sa propre politique de droits humains de 2017. Amnesty a qualifié l’évaluation de candidature de « blanchiment », avertissant que sans réformes contraignantes, l’événement sera entaché par le travail forcé et la répression.

La contradiction avec les engagements de la FIFA en matière de droits humains

La politique officielle de la FIFA exige la conformité avec les normes internationales en matière de droits humains, y compris la liberté d’expression. Pourtant, la décision en faveur de l’Arabie saoudite contredit ces principes. La FIFA n’a imposé aucune garantie obligatoire, ni exigé d’évaluations des risques crédibles. Les ONG critiquent le manque de consultation et de transparence, mettant en péril la crédibilité de l’organisation.

L’impératif de responsabilité

Les contrôles stricts et la censure saoudienne signifient que la Coupe du Monde 2034 risque d’être présentée sous une façade propagandiste. Les journalistes tentant de couvrir honnêtement les questions sociales, du travail ou des droits humains seront confrontés à de nombreux obstacles. Ces réalités justifient les appels à la responsabilité, à la pression internationale et même au boycott pour protéger la liberté de la presse et les droits fondamentaux.