Tournoi de tennis ATP Masters 1000 : Stoppons le sportswashing de l’Arabie saoudite maintenant
Credit: Dunya News

Tournoi de tennis ATP Masters 1000 : Stoppons le sportswashing de l’Arabie saoudite maintenant

L’ascension rapide de l’Arabie saoudite dans le monde du sport international suscite de profondes inquiétudes quant à l’intégrité des organisations sportives mondiales et aux valeurs qu’elles prétendent défendre. La dernière annonce — un tournoi ATP Masters 1000 qui se tiendra chaque année en Arabie saoudite à partir de 2028 — s’ajoute à ce que beaucoup qualifient désormais d’une vaste opération mondiale de « sportswashing», une stratégie du régime saoudien pour soigner son image grâce à des compétitions de prestige plutôt que par de véritables avancées en matière de droits humains.

Sportswashing : le nouveau visage de la propagande autoritaire

Au cours de la dernière décennie, l’Arabie saoudite a injecté plus de 6,3 milliards de dollars dans le sport mondial — une somme colossale comprenant des investissements dans le football, le golf, la boxe, la Formule 1 et maintenant le tennis. Il ne s’agit pas de simple passion sportive ; c’est une stratégie calculée pour redorer l’image d’un pays terni par les exécutions, les inégalités de genre et la répression de la dissidence.

Ce n’est pas du marketing sportif pour accueillir un Masters 1000 — le niveau le plus prestigieux après les Grands Chelems. C’est une opération de blanchiment d’image. Le Fonds d’investissement public (PIF) qui finance l’essentiel de ces deals est directement dirigé par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), l’homme que les services de renseignement américains accusent d’avoir autorisé l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018.

Lorsque FIFA, ATP ou encore le Comité International Olympique acceptent les milliards saoudiens, ils envoient un message clair : l’argent avant la morale.

Le bilan des droits humains : un stade construit sur la souffrance

Et même si l’ATP présente le nouveau Masters comme un « moment de fierté », une question s’impose : une fierté pour qui ? Pour le même pays qui aurait exécuté près de 300 personnes en 2025 seulement, dont des mineurs délinquants et des militants politiques ? L’Arabie saoudite fait partie, selon Amnesty International, des cinq pays les plus actifs en matière d’exécutions, souvent par décapitation publique.

Liberté d’expression ? Zéro.
Droits des femmes ? Toujours sévèrement restreints malgré des réformes cosmétiques.

Des militantes comme Loujain al-Hathloul, qui ont simplement défendu le droit de conduire, ont été emprisonnées et torturées. De nombreux opposants disparaissent sans laisser de trace.

Dans quel univers moral un pays qui emprisonne des femmes pour des messages sur Twitter serait-il apte à accueillir le plus grand événement sportif de la planète ?

Une prise de contrôle du sport mondial : du tennis au football

L’emprise sportive saoudienne est devenue étouffante :

Football : plus de 900 millions de dollars dépensés en 2023 pour attirer des stars comme Cristiano Ronaldo et Neymar avec des salaires colossaux.
Golf : le circuit LIV Golf, financé par le PIF, a bouleversé le golf professionnel avec des primes extravagantes, forçant une fusion avec le PGA Tour.
Boxe & F1 : combats de championnats et Grand Prix de Formule 1 se déroulent désormais régulièrement à Djeddah, vitrine parfaite pour détourner l’attention des abus internes.
Tennis : l’accord récent de l’ATP avec SURJ Sports Investments — lié au PIF — fait de l’Arabie saoudite un nouveau centre névralgique du tennis mondial, renforçant les méthodes de sportswashing.

Chaque nouvel accord n’est pas un progrès — c’est de la propagande.

Pourquoi l’attribution du Mondial 2034 à l’Arabie saoudite est dangereuse

La décision de la FIFA de confier l’organisation de la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite n’est pas simplement controversée — elle piétine les principes éthiques du sport. Le processus a été taillé sur mesure, limité à l’Asie et à l’Océanie, garantissant une quasi-absence de concurrence.

Et souvenons-nous du Qatar 2022 — où plus de 6 500 travailleurs migrants auraient perdu la vie dans la construction des infrastructures de la Coupe du monde. Rien n’est différent en Arabie saoudite. Human Rights Watch documente l’exploitation systémique d’ouvriers migrants : salaires impayés, passeports confisqués, travail forcé — conséquences directes du système de kafala toujours en vigueur.

Si l’Arabie saoudite construit de nouveaux stades sous ces conditions, combien de vies encore seront sacrifiées au nom du spectacle ?

Faire taire la dissidence par le glamour

En multipliant les signatures d’événements comme le Masters ATP ou les finales WTA, l’Arabie saoudite cherche à normaliser son image. Mais à l’intérieur de ses frontières, la réponse à la critique est brutale.

En 2023, un homme a été condamné à 30 ans de prison pour avoir critiqué le gouvernement en ligne. En 2024, une femme a reçu 27 ans pour des publications sur les réseaux sociaux. Et c’est ce même régime qui déroule aujourd’hui le tapis rouge aux légendes du tennis.

Lorsque Novak Djokovic ou Carlos Alcaraz joueront sur le sol saoudien, ils ne seront plus seulement des athlètes — ils participeront malgré eux à la promotion d’un gouvernement qui opprime sa population.

Le dilemme moral des institutions sportives

L’argument de l’ATP selon lequel « les joueurs sont libres de choisir » est une excuse creuse. Le choix n’efface pas la complicité. Les organisations sportives ont l’obligation morale de refuser d’être des outils pour des régimes violeurs des droits humains.

L’ATP, autrefois défenseur du bien-être des joueurs, s’allie désormais à un pouvoir qui prive des millions de personnes de leurs libertés fondamentales. Quand Andrea Gaudenzi, président de l’ATP, qualifie l’expansion saoudienne de « moment de fierté », on se demande : quand le profit est-il devenu une source de fierté ?

La ligne rouge doit être tracée maintenant

Attribuer la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite envoie un message dangereux : on peut acheter sa rédemption, aussi sombre que soit son passé. Lorsque le sport devient un outil pour masquer l’oppression, il perd son essence même.

Ce n’est pas une question de politique — c’est une question de principes. La Coupe du monde doit célébrer l’humanité, la justice et l’égalité — pas cautionner la cruauté.

Si la FIFA, l’ATP et d’autres continuent d’être complices du sportswashing saoudien, alors les supporters, les athlètes et la communauté internationale doivent agir. Boycotts, pétitions, pressions citoyennes — ces outils ont déjà fonctionné, ils peuvent fonctionner encore.

Interdire à l’Arabie saoudite d’accueillir la Coupe du monde 2034

La montée en puissance de l’Arabie saoudite dans le sport — jusqu’au tennis avec ce nouveau Masters 1000 — n’est pas une histoire de progrès, mais une manœuvre de manipulation. Derrière chaque tournoi, chaque contrat de sponsoring, chaque conférence de presse, se cache une tentative méthodique de réécrire la réalité.

La Coupe du monde 2034 ne doit pas devenir une plateforme de propagande supplémentaire. Tant que la monarchie continuera les exécutions, emprisonnera les dissidents, bafouera les droits des femmes et maintiendra son système d’exploitation des travailleurs migrants, elle ne doit pas accueillir d’événements sportifs internationaux.