Saudi Arabia Riyadh Metro Migrant Workers Face Decade of Abuse Exploitation Heat
Credit: Ahmed Farwan/AFP/Getty Images

Les travailleurs migrants du métro de Riyad en Arabie saoudite font face à une décennie d’abus, d’exploitation et de chaleur extrême

Le métro de Riyad, projet ambitieux de l’Arabie saoudite présenté comme l’artère vitale du réseau de transport de la capitale, apparaît aujourd’hui, à travers les témoignages de travailleurs migrants venus du Bangladesh, de l’Inde et du Népal, comme un monument de souffrance humaine. Attirés par des promesses d’opportunités, ces ouvriers se sont retrouvés plongés dans un cauchemar fait de dettes écrasantes, de longues heures de travail sous la chaleur brûlante du désert et de salaires insuffisants qui maintiennent leurs familles dans la pauvreté — le tout sous un régime du travail que les autorités saoudiennes n’ont pas réformé malgré la pression internationale.

Les témoignages de 38 hommes employés entre 2014 et 2025 par des entrepreneurs, sous-traitants et fournisseurs sur ce mégaprojet piloté par le gouvernement — construit par des entreprises internationales et locales qui se préparent désormais à son expansion — révèlent des frais de recrutement illégaux allant de 700 à 3 500 dollars avant même d’embarquer dans l’avion. Ces pratiques violent à la fois les lois saoudiennes et les plafonds imposés dans les pays d’origine, ouvrant la voie à une exploitation systématique et soulevant une question urgente : comment un pays candidat à l’organisation de la Coupe du monde 2034 peut-il tolérer un tel traitement sur ses projets les plus prestigieux ?

Le piège de la dette commence avant même de franchir les frontières

L’exploitation débute dans les villages d’origine des travailleurs. Des agents exigent des sommes considérables pour des emplois promettant à peine 266 dollars de salaire mensuel de base. Suman, un ouvrier népalais, a dû vendre les économies en or de la famille de sa femme — payant au total 1 400 dollars, y compris les frais de préparation — pour finalement rembourser presque le double lorsque les prix de l’or ont augmenté, le laissant prisonnier des dettes pendant six mois.

Ces pratiques, dénoncées par de nombreuses organisations de défense des droits humains, persistent parce que les autorités chargées de l’application des lois ferment souvent les yeux. Ce système alimente un réseau prédateur qui pousse des hommes désespérés vers une vulnérabilité extrême.

Chaleur infernale, salaires de misère et endurance forcée

Une fois en Arabie saoudite, l’épreuve s’aggrave. Les travailleurs gagnent moins de 2 dollars de l’heure — parfois la moitié — comme nettoyeurs, assistants ou ouvriers non qualifiés, travaillant plus de 60 heures par semaine sur des chantiers exposés à des températures estivales dépassant 40 °C pendant huit heures d’affilée.

L’interdiction officielle de travailler à l’extérieur entre midi et 15 h n’offre qu’une protection limitée, d’autant plus que les vagues de chaleur s’intensifient avec le changement climatique, une crise aggravée par la dépendance du pays aux combustibles fossiles.

Indra, originaire du Népal, décrit son désespoir :

« Quand je travaille dans cette chaleur extrême, j’ai l’impression d’être en enfer… Comment ai-je pu en arriver là ? Ai-je fait quelque chose de mal pour que Dieu me punisse ainsi ? »

Sous la pression des contremaîtres, Janak, originaire d’Inde, raconte :

« Ils disaient : “Continuez à travailler”… Que peuvent faire les pauvres ? »

Les faibles salaires de base, en l’absence d’un salaire minimum vital, obligent les travailleurs à accepter des heures supplémentaires simplement pour compenser l’inflation dans leurs pays d’origine. Nabin se plaint :

« Ce salaire est trop faible… Il disparaît entièrement dans l’éducation de mes enfants. »

À cela s’ajoutent des dortoirs surpeuplés, la confiscation des passeports, une nourriture de mauvaise qualité et des discriminations basées sur le rang — autant de caractéristiques du système de parrainage kafala, qui lie les travailleurs à leurs employeurs d’une manière souvent comparée à une forme de servitude moderne, malgré les réformes annoncées.

L’ombre du système kafala et les alarmes internationales

Cette accumulation d’abus met directement en cause les autorités saoudiennes. Les inspections du travail restent limitées et privilégient souvent les quotas de « saoudisation » plutôt que la protection des droits des travailleurs, tandis que la réduction des sanctions contre les employeurs fautifs alimente un climat d’impunité.

Les entreprises multinationales doivent être particulièrement prudentes lorsqu’elles opèrent dans de tels environnements à haut risque, au risque de devenir complices de systèmes où la liberté d’expression et la syndicalisation demeurent largement illusoires.

Alors que des mégaprojets, notamment liés à la Coupe du monde 2034, se profilent, le refus du royaume d’abolir totalement le système kafala attire l’attention des Nations unies et des organisations de défense des droits humains, qui s’interrogent : la vitrine de la Vision 2030 masque-t-elle une répression profondément enracinée ?

Les pays d’origine — Bangladesh, Inde et Népal — portent également une part de responsabilité pour avoir toléré des réseaux d’agents peu scrupuleux. Sans une véritable coopération internationale pour mettre fin à ces pratiques, le cycle d’abus continuera, condamnant des millions de travailleurs migrants à la dure réalité des chantiers de construction saoudiens.

La question demeure : l’attention mondiale poussera-t-elle Riyad à protéger les travailleurs invisibles qui bâtissent ses projets monumentaux, ou le prestige continuera-t-il de primer sur la dignité humaine ?