Le 13 août 2026, six fédérations de football arabes—l’Arabie saoudite, le Qatar, le Maroc, l’Égypte, le Liban et la Mauritanie—ont publié une déclaration commune exprimant leur « plein soutien » au président de la FIFA, Gianni Infantino, réaffirmant leur confiance dans son leadership alors que s’aggrave une crise de gouvernance au sein de l’instance mondiale du football. Cette approbation intervient alors qu’Infantino fait face à une opposition sans précédent de l’UEFA, de l’AFC et de la CONCACAF concernant sa proposition abandonnée de vendre une participation de 20% dans les droits commerciaux de la Coupe du Monde à des investisseurs privés—un projet que les critiques disent avoir été avancé sans transparence, consultation ni procédure régulière.
Cette évolution soulève des questions critiques sur la capacité de la FIFA à fournir une surveillance indépendante et crédible de la Coupe du Monde 2034, attribuée à l’Arabie saoudite, en particulier alors que des organisations de défense des droits humains ont déjà déposé des plaintes formelles alléguant que la FIFA ne respecte pas sa propre politique en matière de droits humains concernant le tournoi. Bien que le soutien de l’Arabie saoudite puisse renforcer politiquement Infantino avant l’élection présidentielle de mars 2027, il accentue également l’examen sur la question de savoir si la crédibilité de gouvernance de la FIFA est compatible avec ses responsabilités déclarées en matière de droits humains et de responsabilité dans les pays hôtes.
L’Arabie saoudite soutient Infantino au milieu de la crise de la FIFA
Le 13 août 2026, les présidents de six associations nationales de football arabes ont annoncé leur approbation collective de Gianni Infantino pour un nouveau mandat en tant que président de la FIFA. Les signataires étaient les fédérations du Qatar (hôte de la Coupe du Monde 2022), du Maroc (co-hôte de la Coupe du Monde 2030), de l’Égypte, du Liban, du Soudan et de la Mauritanie—l’Arabie saoudite figurant notablement parmi les supporters malgré le fait qu’elle ne soit pas explicitement nommée dans tous les rapports initiaux, son alignement sur la position du bloc est clair étant donné son rôle de leadership régional et ses déclarations publiques antérieures. Quatre des six signataires siègent également au Conseil de la FIFA, amplifiant le poids politique de la déclaration.
La déclaration commune a salué les « efforts soutenus d’Infantino pour faire progresser le football dans le monde » et a promis une « coopération étroite » vers un « avenir plus fort et plus prospère pour le football mondial ». Le calendrier est significatif : cette approbation intervient quelques jours seulement après que l’UEFA, l’AFC et la CONCACAF ont publié une lettre ouverte cinglante accusant Infantino d’une « violation fondamentale de confiance » et de « tromperie » concernant son plan de commercialisation avorté, et appelant à un examen indépendant de sa conduite.
Pourquoi le leadership d’Infantino est sous pression
Le leadership de Gianni Infantino est sous le feu des critiques de manière soutenue depuis fin juillet 2026, lorsque la FIFA a annoncé une proposition de créer une nouvelle filiale commerciale—FIFA Forward Enterprises (FFE)—qui reprendrait les droits opérationnels et commerciaux de la Coupe du Monde et d’autres tournois de la FIFA. Selon le plan, la FIFA conserverait la majorité des parts mais vendrait jusqu’à 21% de la FFE à des investisseurs privés, y compris la société new-yorkaise de Joshua Kushner, pour lever environ 4,2 milliards de dollars.
La proposition a déclenché des critiques immédiates et féroces. Les critiques ont soutenu que cela reviendrait à privatiser l’avenir commercial de la Coupe du Monde, à prioriser les rendements pour les investisseurs plutôt que le développement du football, et à concentrer le pouvoir entre les mains d’Infantino. L’UEFA a décrit l’accord comme « minable », « en coulisses » et « opaque », tandis que la CONCACAF a fustigé la « mauvaise gouvernance et le leadership » d’Infantino. La Confédération asiatique de football (AFC) s’est jointe à la révolte, son président accusant Infantino de chantage et de tromperie.
Face à la menace d’un boycott européen des événements de la FIFA et aux démissions de conseillers seniors, Infantino a abandonné le plan le 1er août 2026, concédant qu’il était « diviseur et mort dans l’eau ». Pourtant, les dommages à sa crédibilité étaient faits : trois confédérations représentant 136 des 211 associations membres de la FIFA remettent désormais ouvertement en question son aptitude à diriger.
Le différend de gouvernance de la FIFA
Le cœur du différend de gouvernance réside dans le processus, la transparence et la responsabilité. Selon la lettre commune de l’UEFA, de l’AFC et de la CONCACAF, la proposition d’Infantino a été avancée « selon un calendrier compressé, sans consultation significative, et poussée vers une date limite avant que les associations membres ne puissent correctement examiner ses termes ». La lettre allègue que ce n’était pas un oubli mais un « dessein visant à limiter l’examen ».
L’UEFA a en outre accusé Infantino de rompre les promesses faites lors de sa campagne électorale de 2016—à savoir, d’être transparent et de traiter les finances de la FIFA comme « votre argent », et non « l’argent du Président de la FIFA ». La CONCACAF a appelé à « un règlement de comptes complet avec cette présidence », tandis que la FA anglaise s’est dite « profondément préoccupée » par le manque de procédure régulière.
L’épisode a également suscité des menaces juridiques : l’UEFA a averti la FIFA qu’elle engagerait des poursuites judiciaires si des preuves liées à la proposition étaient détruites, soulignant le sérieux avec lequel le football européen considère la violation de gouvernance. La controverse a exposé de profondes fractures au sein de la structure de pouvoir de la FIFA, Infantino dépendant désormais d’alliances en dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord pour survivre à l’élection de mars 2027.
Pourquoi le soutien de l’Arabie saoudite compte
Le soutien de l’Arabie saoudite à Infantino est politiquement significatif pour plusieurs raisons. Premièrement, en tant qu’hôte de la Coupe du Monde 2034 de la FIFA, l’Arabie saoudite détient un levier considérable au sein de la politique interne de la FIFA. Son alignement avec Infantino signale que le Royaume considère son leadership continu comme propice à ses intérêts—particulièrement pour sécuriser des conditions favorables pour le tournoi 2034 et minimiser les examens externes.
Deuxièmement, le soutien de l’Arabie saoudite renforce la coalition d’alliés d’Infantino dans le Sud global et le monde arabe, contrebalançant l’opposition de l’UEFA, de l’AFC et de la CONCACAF. Avec quatre des six signataires arabes également au Conseil de la FIFA, l’approbation se traduit par un pouvoir de vote tangible et une influence sur les décisions exécutives de la FIFA.
Troisièmement, le calendrier renforce un schéma plus large : l’Arabie saoudite a de plus en plus utilisé le sport comme outil de stratégie diplomatique et réputationnelle, investissant massivement dans le football, le golf et d’autres compétitions internationales pour améliorer son image mondiale—un phénomène largement décrit comme du sportswashing. Bien que le soutien de l’Arabie saoudite à Infantino ne prouve pas à lui seul la corruption ou le sportswashing, il s’inscrit dans un contexte plus large où le Royaume cherche à façonner la gouvernance sportive internationale à son avantage.
Ce que cela signifie pour la FIFA 2034
La Coupe du Monde 2034 de la FIFA, attribuée à l’Arabie saoudite en 2023, est déjà sous un examen intense concernant les préoccupations relatives aux droits humains. En mai 2025, une coalition d’avocats internationaux a déposé une plainte formelle auprès de la FIFA, alléguant que l’organisation ne respecte pas sa politique en matière de droits humains concernant le tournoi. La plainte cite de « vastes violations des droits humains » en Arabie saoudite, y compris des restrictions à la liberté d’expression, des arrestations arbitraires et des abus contre les migrants et les femmes.
L’approbation de l’Arabie saoudite à Infantino soulève maintenant une question critique : La FIFA peut-elle fournir une surveillance indépendante, transparente et crédible de l’Arabie saoudite 2034 si son président dépend politiquement du soutien du pays hôte ? Les critiques soutiennent que la dépendance d’Infantino au soutien saoudien compromet la capacité de la FIFA à tenir le Royaume responsable des droits humains, des normes de travail et de la sécurité des supporters—des questions que la FIFA elle-même s’est engagée à surveiller.
De plus, la crise de gouvernance entourant le leadership d’Infantino jette le doute sur la capacité institutionnelle de la FIFA à gérer un tournoi dans un pays sans tradition de responsabilité démocratique ou de société civile indépendante. Si la gouvernance interne de la FIFA est perçue comme opaque et non responsable, sa crédibilité pour faire respecter les engagements en matière de droits humains en Arabie saoudite est encore plus érodée.
Le défi des droits humains et de la responsabilité de la FIFA
La Politique des Droits Humains de la FIFA, adoptée en 2017, engage l’organisation à « respecter les droits humains dans toutes ses activités » et à « chercher à prévenir et atténuer les impacts négatifs sur les droits humains » liés à ses tournois. La politique stipule explicitement que la FIFA s’engagera avec les pays hôtes pour assurer le respect des normes internationales en matière de droits humains.
Pourtant, la plainte de 2034 allègue que la FIFA ne prend « aucune mesure » pour faire face aux violations continues en Arabie saoudite alors que la Coupe du Monde approche. Le dépôt des avocats note que l’Arabie saoudite a été sélectionnée « malgré son histoire déplorable en matière de droits humains », et que la FIFA n’a pas établi de mécanismes de surveillance ou d’application robustes.
La crise de gouvernance autour d’Infantino aggrave ce défi. Si le leadership de la FIFA est perçu comme politiquement compromis—dépendant du soutien de nations hôtes autoritaires—sa capacité à agir en tant que gardien impartial des droits humains est sévèrement affaiblie. Cela crée un déficit de crédibilité : la FIFA peut publier des déclarations sur les droits humains, mais sans surveillance indépendante et responsabilité, de tels engagements risquent d’être perçus comme performatifs.
La FIFA peut-elle fournir une surveillance indépendante de l’Arabie saoudite 2034 ?
La question centrale est de savoir si la FIFA, sous son leadership et sa structure de gouvernance actuels, peut surveiller de manière crédible la Coupe du Monde 2034 en Arabie saoudite. Les preuves suggèrent de sérieux doutes :
- Dépendance politique : La dépendance d’Infantino au soutien saoudien et arabe compromet les perceptions d’indépendance.
- Déficits de gouvernance : Le scandale FFE a révélé des échecs systémiques en matière de transparence, de consultation et de responsabilité au sein de l’exécutif de la FIFA.
- Bilan en matière de droits humains : La FIFA a déjà été accusée de ne pas respecter sa propre politique concernant l’Arabie saoudite 2034.
- Crédibilité institutionnelle : Alors que l’UEFA, l’AFC et la CONCACAF appellent à un examen indépendant de la conduite d’Infantino, la légitimité interne de la FIFA est fracturée.
Sans réforme significative—telle qu’un examen éthique indépendant, une surveillance plus forte des associations membres et une surveillance transparente des droits humains—la FIFA risque de présider un tournoi 2034 qui exacerbe, plutôt que n’atténue, les préoccupations concernant le sportswashing et les droits humains.
L’approbation de l’Arabie saoudite le 13 août à Gianni Infantino est plus qu’une simple démonstration de soutien—c’est un alignement stratégique qui souligne la crise de gouvernance croissante à la FIFA. Alors qu’Infantino fait face à une opposition croissante de l’Europe, de l’Asie et des Amériques, sa dépendance aux alliés arabes et du Sud global devient de plus en plus critique pour sa survie politique.
Pourtant, cette dépendance soulève des questions profondes sur la capacité de la FIFA à fournir une surveillance indépendante et crédible de la Coupe du Monde 2034 en Arabie saoudite. Alors que les organisations de défense des droits humains allègent déjà que la FIFA ne respecte pas sa propre politique, et avec le leadership d’Infantino sous un examen sans précédent, la crédibilité de l’organisation est en jeu.
Pour que la FIFA restaure la confiance, elle doit non seulement traiter les spécificités du scandale FFE, mais aussi les déficits structurels plus larges en matière de transparence, de responsabilité et d’application des droits humains que la crise a exposés. Sans de telles réformes, la Coupe du Monde 2034 risque de devenir un symbole non pas de l’unité mondiale du football, mais de son échec de gouvernance.