Le projet de la FIFA de vendre jusqu’à 20% d’une nouvelle filiale commerciale de 20 milliards de dollars à des investisseurs externes, dont un fonds lié à la famille Kushner, a déclenché une révolte de l’UEFA, de la CONCACAF et de la Fédération anglaise, avec la possibilité d’un boycott de la Coupe du monde désormais sur la table. Le différend alourdit les inquiétudes déjà existantes concernant la transparence et la responsabilité au sein de l’organisation qui supervise les préparatifs de l’Arabie saoudite pour la Coupe du monde 2034.
La FIFA a déclaré mardi qu’elle prévoyait de créer une filiale commerciale de 20 milliards de dollars, FIFA Forward Enterprise, chargée de gérer la Coupe du monde et ses autres événements, en proposant à des investisseurs externes des participations allant jusqu’à 20%, a rapporté Reuters. La proposition a provoqué ce qu’ESPN a décrit comme une réaction furieuse de l’UEFA, qui a accusé l’instance dirigeante du football mondial de mettre l’âme du jeu en vente et, mercredi, l’UEFA préparait la convocation d’une réunion virtuelle d’urgence de ses 55 associations membres, des informations suggérant qu’un éventuel boycott des compétitions de la FIFA pourrait y être discuté. Le conflit a depuis attiré la CONCACAF, la Fédération anglaise de football et un premier ministre en exercice, et renforce davantage les questions déjà soulevées sur la transparence au sein de l’organisation qui supervise désormais les préparatifs de l’Arabie saoudite pour accueillir la Coupe du monde 2034.
La FIFA présente son plan de cession de parts
Reuters a indiqué que, selon le plan de la FIFA, la nouvelle filiale prendrait en charge les opérations commerciales et événementielles, notamment les prochaines éditions de la Coupe du monde masculine et féminine, tandis que la FIFA conserverait le contrôle général. ESPN a rapporté que la FIFA travaille avec la société multinationale de services financiers J.P. Morgan sur cette proposition, que le président Gianni Infantino a présentée comme un moyen de libérer le potentiel commercial de l’organisation. La FIFA a affirmé que ce projet porterait le financement mondial du développement à 10 milliards de dollars et donnerait à chacune de ses 211 associations membres un accès à un capital ponctuel pouvant atteindre 20 millions de dollars.
L’UEFA dit que la FIFA a franchi une ligne
ESPN a rapporté que la déclaration de l’UEFA sur la proposition était exceptionnellement directe, avertissant que le plan franchit une ligne que les institutions dirigeant le football ne devraient jamais franchir. Le communiqué affirmait que l’âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à négocier, en particulier compte tenu de ce qu’il a qualifié d’absence totale de transparence sur les bénéficiaires financiers, et soutenait qu’aucun organe, y compris la FIFA, n’a le droit de vendre ce qui appartient à l’ensemble du sport. Punch a rapporté que l’UEFA a depuis décrit le plan comme un moment où une ligne a été franchie, avertissant qu’il risquait d’accorder aux investisseurs privés une influence excessive sur les compétitions les plus importantes du sport.
La CONCACAF et l’Angleterre disent ne pas avoir été consultées
Reuters a indiqué que la CONCACAF, instance dirigeante du football en Amérique du Nord, en Amérique centrale et dans les Caraïbes, a déclaré mercredi n’avoir pas été informée de la vente proposée de parts de la FIFA à des investisseurs extérieurs, se disant profondément préoccupée par ce qu’elle a qualifié d’absence de procédure régulière. Punch a rapporté que la Fédération anglaise de football a également exprimé des inquiétudes, affirmant n’avoir pas été consultée avant que la FIFA n’annonce publiquement les propositions.
Un lien financier avec la famille Trump apparaît
ESPN a rapporté que parmi les investisseurs potentiels de la nouvelle filiale de la FIFA figure Thrive Eternal, un fonds lancé par Joshua Kushner, dont le frère Jared Kushner est le gendre du président Donald Trump. Cette connexion intervient dans un contexte de surveillance séparée et continue des relations de la FIFA avec l’administration Trump, à la suite d’une demande formelle d’un haut responsable démocrate américain invitant le président Infantino à comparaître devant le Congrès au sujet de ce que cet élu a qualifié de campagne visant à se rapprocher de la Maison Blanche. Ni la FIFA ni Thrive Eternal n’ont publiquement détaillé l’ampleur de l’investissement proposé.
Un premier ministre britannique condamne le plan
ESPN a rapporté que le Premier ministre britannique Andy Burnham est devenu le premier chef de gouvernement en exercice à critiquer publiquement la proposition de la FIFA, écrivant sur les réseaux sociaux que le football n’appartient pas aux investisseurs. Son intervention marque un rare cas où un dirigeant national intervient directement dans la gouvernance interne de la FIFA, plutôt que sur une décision d’accueil ou de tournoi spécifique.
L’UEFA envisage un boycott
Réunion d’urgence des 55 associations membres
ESPN a rapporté, citant des sources, que l’UEFA accélère les plans pour une réunion d’urgence de ses 55 associations membres, qui se tiendrait cette semaine, avec un éventuel boycott de la Coupe du monde parmi les options discutées, bien qu’aucune décision n’ait été prise. Cyprus Mail a rapporté que la BBC et ESPN ont toutes deux décrit la réunion prévue comme virtuelle, destinée à permettre à l’UEFA de coordonner une réponse unifiée à la proposition d’Infantino. Des informations relayées par Global Banking and Finance citaient un responsable de la Fédération française de football s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles les associations membres n’avaient pas été consultées sur une question qu’il jugeait clairement fondamentale pour l’avenir du jeu.
Un schéma de crises de gouvernance autour de la FIFA d’Infantino
Le différend autour du plan d’investissement fait suite à une série d’autres controverses de gouvernance accumulées autour de la direction d’Infantino au cours de l’année écoulée, notamment son rejet des critiques après la Coupe du monde 2026, une plainte juridique formelle concernant la gestion par la FIFA du processus de candidature de l’Arabie saoudite pour 2034, et la récente lettre du Congrès mettant en doute les liens institutionnels de la FIFA avec l’administration Trump. Chacun de ces épisodes a, pris isolément, suscité des critiques d’un camp différent, organisations de défense des droits humains, fédérations de football ou élus. Pris ensemble, ils dessinent un thème récurrent : des décisions majeures sur le plan financier ou institutionnel prises par la direction de la FIFA avec une consultation limitée des associations membres et des parties prenantes qu’elle est censée représenter.
Pourquoi cela compte pour 2034
La FIFA est la même instance chargée de superviser les préparatifs de l’Arabie saoudite pour la Coupe du monde 2034, un processus déjà critiqué par des fédérations, dont celle de la Norvège, pour s’écarter des réformes de gouvernance de la FIFA, et par des organisations de défense des droits humains pour le calendrier de candidature compressé et sans concurrence ayant conduit à la sélection de l’Arabie saoudite. Un organe de gouvernance confronté à une fronde ouverte de trois confédérations et d’un gouvernement national au sujet d’une décision d’investissement opaque de plusieurs milliards de dollars n’est manifestement pas l’institution la mieux placée pour rassurer les critiques sur le fait que sa supervision d’un engagement d’accueil sur dix ans en Arabie saoudite sera plus transparente.
La même instance supervise 2034
La plainte centrale de l’UEFA, selon laquelle une question d’importance fondamentale pour l’avenir du football a été décidée sans aucune transparence sur les bénéficiaires financiers, reprend presque exactement le langage utilisé par les organisations de défense des droits humains et les plaignants juridiques au sujet du processus de candidature de l’Arabie saoudite pour 2034. Dans les deux cas, la même question de fond se pose : la FIFA, sous Infantino, est-elle capable de prendre des décisions majeures selon un processus transparent et consultatif, ou continue-t-elle à présenter aux associations membres et au grand public des décisions déjà prises.
Débat plus large sur la responsabilité
Les critiques de l’orientation récente de la FIFA soutiennent depuis longtemps que les grandes décisions institutionnelles servent de plus en plus des intérêts commerciaux et politiques étroits plutôt que l’engagement affiché du sport envers une gouvernance collective. Le fait qu’un premier ministre en exercice condamne publiquement une proposition de la FIFA, que trois confédérations s’opposent à un manque de consultation et qu’un lien financier apparaisse avec la famille du gendre du président américain en exercice, le tout au cours de la même semaine qu’une autre enquête du Congrès sur les liens de la FIFA avec l’administration Trump, donne un poids considérable à cet argument. Ni la FIFA ni Infantino n’ont publié de réponse publique détaillée aux critiques spécifiques de l’UEFA à ce jour, mercredi. Pour les fédérations, les organisations de défense des droits et les supporters qui remettent déjà en question la transparence du processus saoudien de la FIFA pour 2034, l’issue de la réunion d’urgence de cette semaine sera probablement interprétée comme un signal sur la possibilité même d’une responsabilité réelle au sein de la FIFA.