L’Arabie saoudite aurait expulsé plus d’Indiens que tout autre pays en 2025, dépassant les États‑Unis et relançant le débat sur le traitement des migrants dans le royaume. Cette évolution soulève de nouvelles questions sur la compatibilité des pratiques migratoires et de contrôle de la main‑d’œuvre du pays avec les engagements de la FIFA en matière de droits humains et de droits des travailleurs pour la Coupe du monde 2034.
Alors que l’Arabie saoudite se prépare à accueillir la Coupe du monde de la FIFA en 2034, les nouvelles données officielles indiennes indiquant que le royaume a expulsé plus de ressortissants indiens que tout autre pays attirent l’attention sur la protection des migrants, les pratiques d’expulsion et leur compatibilité avec les normes mondiales de gouvernance sportive.
Les données indiennes placent l’Arabie saoudite en tête
Selon le Economic Times, qui s’appuie sur des données du gouvernement indien, l’Arabie saoudite a expulsé plus de 11 000 ressortissants indiens en 2025, devenant ainsi le premier pays d’expulsion pour les Indiens cette année‑là. Le journal explique, à partir des chiffres présentés par le ministère indien des Affaires étrangères, que ce total serait environ trois fois supérieur au nombre d’Indiens renvoyés depuis les États‑Unis, où un peu moins de 4 000 personnes ont été expulsées sur la même période.
La presse indienne, notamment le Economic Times et le Times of India, souligne qu’environ 24 600 ressortissants indiens ont été expulsés dans le monde en 2025, ce qui signifie qu’une part significative de ces expulsions provient de l’Arabie saoudite et d’un groupe d’États du Golfe. D’après ces comptes rendus, le royaume se place devant les Émirats arabes unis, le Qatar et d’autres grandes destinations de travailleurs indiens dans la région.
Des motifs d’expulsion liés au travail et au statut migratoire
Les articles du Economic Times et d’autres médias indiens expliquent que ces expulsions sont généralement liées à des infractions aux lois sur l’immigration et le travail : dépassement de visa, travail sans permis valable, ou violations alléguées des règles de résidence. Des recherches menées sur la politique migratoire saoudienne par des organisations spécialisées dans les migrations mixtes montrent que les accusations de « fuite » de l’employeur, le statut irrégulier ou des litiges administratifs sont des déclencheurs fréquents de détention et de renvoi pour les travailleurs migrants peu qualifiés.
La documentation de défense des droits humains, sur plus d’une décennie, a régulièrement relié ces expulsions à des préoccupations plus larges concernant le système de parrainage de type kafala, qui lie le droit au séjour à un seul employeur et peut rendre très difficile le changement d’emploi ou la fuite de conditions abusives sans risquer l’arrestation. Dans ce contexte, les chiffres de 2025 sont perçus par les défenseurs des droits des travailleurs non seulement comme une question d’application des lois migratoires, mais aussi comme le symptôme de vulnérabilités structurelles intégrées au système de travail et de migration.
Le cadre des droits humains de la FIFA et les travailleurs migrants
À la suite des controverses autour des Coupes du monde 2018 et 2022, la FIFA a adopté une politique formelle en matière de droits humains et intégré un langage de diligence raisonnable dans les critères de candidature aux tournois futurs. Ces engagements insistent sur la nécessité, pour les pays hôtes, de prévenir les abus liés aux activités de la Coupe du monde, notamment en ce qui concerne les travailleurs migrants employés dans la construction, les services et les infrastructures.
Même si ces politiques ne définissent pas la législation migratoire nationale, elles prévoient que les gouvernements hôtes et les organisateurs locaux identifient des risques tels que le travail forcé, le recrutement abusif, la détention arbitraire ou les expulsions abusives, et qu’ils mettent en place des mesures d’atténuation. À mesure que l’Arabie saoudite se prépare à 2034, le nombre élevé d’Indiens expulsés, associé à des préoccupations persistantes sur les salaires impayés et l’absence de recours efficaces, devrait devenir un point central pour les syndicats internationaux et les organisations de défense des droits humains.
Droits des travailleurs et main‑d’œuvre de la Coupe du monde
Les précédentes Coupes du monde et d’autres méga‑événements ont fortement reposé sur la main‑d’œuvre étrangère pour construire les stades, développer les réseaux de transport et faire fonctionner les infrastructures d’accueil, et l’Arabie saoudite devrait suivre un schéma similaire. Dans ce contexte, le fait que le royaume ait renvoyé plus de 11 000 ressortissants indiens en une seule année est particulièrement frappant, les Indiens représentant une part importante de la main‑d’œuvre peu qualifiée du Golfe.
Pour les organisations de travailleurs, lorsque l’expulsion est fréquemment utilisée pour clore des litiges, les migrants peuvent être dissuadés de dénoncer des salaires impayés, des conditions dangereuses ou des violations contractuelles. Si les personnes qui construisent ou exploitent les sites de la Coupe du monde craignent que leurs plaintes n’aboutissent à la détention et à l’expulsion plutôt qu’à une réparation, les critiques estiment que cela pourrait vider de leur substance les engagements de la FIFA en faveur de la sécurité et de la dignité des travailleurs.
Manque de transparence, données et responsabilité
Le reportage du Economic Times, fondé sur des données parlementaires indiennes, offre un rare aperçu quantitatif de l’ampleur des expulsions d’Indiens depuis l’Arabie saoudite. Cependant, les informations publiques sur les détails des dossiers restent limitées : durée de la détention, accès à une assistance juridique, possibilités d’appel ou examen des abus de travail allégués avant l’expulsion.
Pour les spécialistes de la gouvernance sportive, cela pose des questions de transparence dans des domaines qui affectent directement l’évaluation des risques liés à la Coupe du monde : en l’absence de statistiques détaillées et accessibles, il est difficile pour des acteurs indépendants d’évaluer le respect des normes de la FIFA en matière de droits humains. Dans les années précédant 2034, des groupes de supporters, des organisations de la société civile et des sponsors internationaux pourraient donc réclamer davantage de données et de suivi indépendant pour s’assurer que l’expulsion ne soit pas utilisée pour gérer des risques de réputation liés à des protestations de travailleurs ou à des enquêtes médiatiques.
Liberté de la presse et capacité de contrôle
Un autre volet important, au regard des standards de pays hôtes de la Coupe du monde, concerne la liberté de la presse et l’espace laissé à l’investigation indépendante. Tandis que des médias indiens comme le Economic Times et le Times of India rendent compte des chiffres d’expulsions à partir de données officielles de New Delhi, les journalistes et les chercheurs en droits humains signalent souvent des obstacles lorsqu’ils tentent d’enquêter sur des cas individuels ou des schémas d’abus en Arabie saoudite.
Les politiques de la FIFA soulignent l’importance du dialogue avec la société civile et du rôle des contrôles indépendants pour repérer et traiter les risques en matière de droits. Si les journalistes et les ONG se heurtent à des restrictions lorsqu’ils cherchent à obtenir des informations sur les centres de détention, les procédures d’expulsion ou les plaintes de travailleurs, la capacité de la FIFA à s’appuyer sur des « garde‑fous » externes pourrait s’en trouver limitée et nourrir les craintes de « blanchiment par le sport » de problèmes plus larges de gouvernance et de libertés publiques.
Comparaison avec d’autres pays d’expulsion
Les articles du Economic Times et d’autres médias indiens soulignent que les États‑Unis, souvent associés à une politique migratoire stricte, ont expulsé nettement moins d’Indiens en 2025 que l’Arabie saoudite. Sans ignorer les critiques adressées à la politique américaine, cette comparaison met en lumière l’ampleur des expulsions depuis le royaume par rapport à d’autres grands pays de destination.
Pour les analystes de la gouvernance sportive, cette perspective comparative peut influencer l’évaluation de différents pays hôtes. Si les États occidentaux organisant des tournois sont fréquemment soumis à un examen minutieux de leurs politiques migratoires, alors que certains États du Golfe renvoient plus de migrants avec une transparence moindre et un contrôle indépendant plus faible, des voix s’élèveront pour dénoncer une application inégale des attentes en matière de droits humains dans le sport international.
Impacts sur les supporters indiens et le public mondial
Au‑delà de la dimension strictement liée au travail, les chiffres présentés par les autorités indiennes pourraient influer sur la perception de la sécurité et du traitement réservé aux supporters étrangers. L’Inde constitue un vaste marché télévisuel pour le football et un vivier potentiel de supporters se déplaçant à l’étranger ; certains commentateurs estiment que le volume des expulsions incitera les fans indiens à s’interroger sur les garanties de procédure et les conséquences d’infractions administratives mineures.
Pour la FIFA et les organisateurs locaux, rassurer les visiteurs potentiels sur le fait qu’ils ne seront pas pris dans une application agressive des lois migratoires pendant la Coupe du monde pourrait exiger des lignes directrices claires, des procédures transparentes et un soutien consulaire accessible, notamment à la lumière des statistiques de 2025. Les sponsors et diffuseurs internationaux, soucieux de leur image, surveilleront également la manière dont ces préoccupations seront traitées à l’approche du tournoi.
Débats sur le sportswashing et l’hébergement éthique
L’articulation entre expulsions massives, vulnérabilité des travailleurs migrants et attribution d’un tournoi mondial emblématique a déjà alimenté des commentaires dans le cadre de débats plus larges sur le sportswashing et l’hébergement éthique. Les critiques estiment que les grands événements sportifs peuvent occulter les discussions sur les droits du travail, la justice et les libertés politiques, sauf si des garanties solides et des mécanismes de contrôle indépendants sont réellement mis en œuvre.
Dans ce contexte, les chiffres de 2025 concernant les expulsions d’Indiens, rapportés par le Economic Times et d’autres médias indiens, devraient s’intégrer dans un ensemble plus large d’éléments examinés par la société civile pour évaluer la conformité de l’Arabie saoudite aux engagements de la FIFA en matière de droits humains. Les partisans du tournoi dans le royaume affirment, de leur côté, que l’accueil de la Coupe du monde peut servir de catalyseur à des réformes et à un renforcement des protections, mais ces promesses seront jugées à l’aune de la réalité sur le terrain dans les années à venir.
Un test croissant pour les promesses de la FIFA
À mesure que de nouveaux détails émergent des sources officielles indiennes et des organismes internationaux de suivi sur les expulsions depuis l’Arabie saoudite, la pression s’intensifie sur la FIFA pour démontrer la crédibilité de sa diligence raisonnable en matière de droits humains pour la Coupe du monde 2034. Les observateurs ne se concentreront pas seulement sur les chantiers et les camps de travailleurs, mais également sur les centres de détention, les procédures d’expulsion et les voies de recours ouvertes aux migrants dénonçant des abus.
Que les données de 2025 conduisent ou non à des changements concrets de politiques ou de pratiques, elles ont déjà placé la question des droits des migrants au cœur du regard international sur les préparatifs saoudiens de la Coupe du monde. Pour les supporters, les organisations de la société civile et les autres acteurs préoccupés par l’hébergement éthique, ces chiffres serviront probablement de référence pour évaluer l’approche du royaume en matière de droits humains à l’horizon 2034.