Risque sécurité 2034 : guerre, blocus et le silence de la FIFA
Credit: Reuters

Risque sécurité 2034 : guerre, blocus et le silence de la FIFA

À huit ans de l’événement, une guerre régionale en cours met déjà à l’épreuve les hypothèses sur lesquelles la FIFA s’est appuyée pour attribuer la Coupe du monde à l’Arabie saoudite.

Un nouveau foyer de tension au Proche‑Orient remet en lumière une question gênante : que devient un pays hôte quand ce dernier est partie prenante d’un conflit armé ?

Cette semaine, les rebelles houtis, alignés sur l’Iran, ont annoncé un blocus naval du détroit de Bab al‑Mandeb — le passage étroit qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden et à l’océan Indien, et l’une des dernières voies fiables d’exportation pétrolière de l’Arabie saoudite maintenant que le détroit d’Ormuz est effectivement fermé par la guerre en cours entre les États‑Unis et l’Iran. Les Houthis affirment que le blocus est une riposte aux frappes aériennes saoudiennes sur l’aéroport de Sanaa. L’Arabie saoudite a condamné la mesure ; les Houthis, désignés comme groupe terroriste par le Département d’État américain, ont qualifié le Royaume de « régime criminel ».

Parallèlement, la guerre plus large entre les États‑Unis et l’Iran est entrée dans sa phase la plus intense depuis février, les deux camps s’échangeant des frappes pour une dixième série consécutive. Le CENTCOM annonce avoir visé des centres de commandement, des sites de missiles et des défenses aériennes iraniens ; l’Iran affirme avoir frappé des bases américaines au Koweït. Le Pentagone a confirmé au moins 17 militaires américains tués et des centaines de blessés, et a été critiqué pour la lenteur de ses communications sur les pertes. L’Arabie saoudite, l’Irak et les Émirats explorent désormais des pipelines terrestres comme alternative aux voies maritimes — un projet qui pourrait prendre des années.

Pourquoi cela figure au registre des risques sécuritaires

La FIFA a attribué la Coupe du monde 2034 à l’Arabie saoudite par acclamation, sans vote compétitif et sans réel mécanisme d’opposition. Cette décision a été prise dans un moment de calme relatif. Elle est aujourd’hui mise à l’épreuve en temps réel par une guerre qui a déjà fermé un détroit stratégique et menace un second — deux artères dont dépend l’économie, les chantiers infrastructurels et la logistique du Royaume.

Huit ans constituent une longue période et personne ne peut dire avec certitude à quoi ressemblera la région en 2034. Mais c’est précisément ce point d’incertitude que soulèvent les militants : le cadre d’attribution de la FIFA ne semble pas inclure de mécanisme significatif pour réexaminer l’aptitude d’un pays hôte si la situation sécuritaire se détériore entre l’attribution et le tournoi. Le Qatar a accueilli en 2022 dans un contexte de tensions régionales, mais rien de comparable à une guerre active sur plusieurs fronts impliquant des frappes directes contre les infrastructures et les voies d’exportation du pays hôte.

Les questions soulevées ne sont pas abstraites :

  • La FIFA peut‑elle garantir de manière crédible la sécurité des spectateurs et des joueurs dans un pays qui échange actuellement des frappes avec une puissance régionale et fait face à des menaces de blocus sur sa côte ?
  • Que deviennent les calendriers d’infrastructures si les mêmes voies maritimes et approvisionnements énergétiques dont dépend le tournoi restent contestés ou sont redirigés via des pipelines inachevés ?
  • La FIFA dispose‑t‑elle d’un protocole pour réexaminer une décision d’accueil si un pays est un belligérant actif alors que la construction doit s’accélérer ?
  • Les fans et les fédérations nationales devraient‑ils être informés dès maintenant des plans de contingence, le cas échéant, plutôt que d’apprendre ces éléments à l’approche du coup d’envoi ?

Un schéma, pas un incident isolé

Ce n’est pas la première fois que le risque sécuritaire s’entrecroise avec le cas contre l’Arabie 2034. Le rôle du Royaume dans la guerre au Yémen — qui a fait des milliers de civils morts, dont une proportion élevée d’enfants — constituait déjà un argument majeur contre la candidature avant l’escalade de ce mois. Le blocus actuel et la guerre US‑Iran élargissent ce schéma : d’un argument humanitaire sur la guerre conduite par l’Arabie saoudite à un argument logistique et sécuritaire sur la guerre dont le Royaume est désormais pris au cœur.

Steve Cockburn, d’Amnesty International, avait déjà averti que la décision de la FIFA « mettrait de nombreuses vies en danger » sans protections adéquates, avertissement formulé initialement dans le contexte des conditions de travail des migrants. Ce message prend une lecture différente — et plus urgente — à l’aune d’une guerre régionale active avec des frappes à proximité des frontières et des eaux du Royaume.

Et après ?

Rien de tout cela ne signifie que la Coupe du monde 2034 est condamnée — il serait malhonnête de l’affirmer à huit ans d’avance. Mais cela signifie que la question sécuritaire ne peut plus être traitée comme un risque de fond gérable discrètement. Elle doit figurer dans la même conversation que les conditions de travail, la liberté de la presse et la critique du sportswashing soulevées par les militants — comme une variable active et en escalade, non comme une hypothèse.

La FIFA est restée silencieuse sur la manière dont, le cas échéant, cela modifie son calcul de risque. Tant qu’elle n’explique pas sa position, la charge revient aux fans, aux sponsors et aux fédérations de poser la question elles‑mêmes : sommes‑nous prêts à nous engager pour un tournoi dans un pays qui, aujourd’hui, est belligérant dans une guerre régionale active ?