L’autorité internationale du football, FIFA, a affaibli ses protocoles établis en matière de protection des droits en accélérant les plans pour les prochaines Coupes du monde masculines. Ce processus a contourné les appels d’offres compétitifs et les évaluations approfondies des dossiers des pays hôtes. Ce changement est apparu clairement le 4 octobre, lorsque la FIFA a annoncé que le tournoi de 2030 se déroulerait au Maroc, au Portugal et en Espagne, avec des matchs supplémentaires en Uruguay, en Argentine et au Paraguay — des pays confrontés à diverses lacunes documentées en matière de droits. Quelques heures plus tard, l’Arabie saoudite a annoncé son intention de briguer l’édition 2034, profitant d’une politique de rotation régionale qui limite les candidatures à l’Asie et à l’Océanie.
À peine un an après la Coupe du monde de football 2022 organisée au Qatar — où les accidents sur les chantiers et l’exploitation de la main-d’œuvre ont suscité une condamnation mondiale — l’approche de la FIFA suscite de nouvelles alarmes. L’absence d’un appel d’offres ouvert et d’un examen rigoureux augmente les risques de corruption et de graves violations, en particulier alors que l’Arabie saoudite apparaît comme favorite. Des critiques estiment que cela révèle le caractère creux des promesses de la FIFA de protéger les participants et les travailleurs, surtout au regard du renforcement de la répression dans le royaume.
La politique des droits humains adoptée par la FIFA en 2017 exige des mesures proactives pour identifier et atténuer les impacts négatifs de ses activités. L’article 7 impose une collaboration avec les autorités et les parties prenantes afin de respecter les obligations internationales en matière de droits, notamment en recueillant les avis des communautés à risque, des athlètes, des supporters, des travailleurs et des organisations syndicales avant de choisir les pays hôtes. Les nations candidates doivent s’engager à respecter des normes strictes en matière de travail et de droits, conformément aux principes réformés du processus de candidature. Dans ce cadre, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a souligné que les hôtes doivent adopter des pratiques durables et s’aligner sur les normes directrices des Nations Unies relatives aux droits humains et au travail.
Pourtant, ces normes n’ont pas guidé les décisions récentes. En juin, la FIFA a annulé la révélation prévue des candidatures pour 2030, optant plutôt pour des processus simultanés pour 2030 et 2034. Elle a invité uniquement les fédérations d’Asie et d’Océanie à soumettre des candidatures pour 2034, invoquant la rotation régionale et des conditions optimales. La date limite du 31 octobre 2023 pour déclarer son intérêt — seulement quelques mois pour un événement prévu dans dix ans et pouvant coûter des milliards — laisse très peu de temps pour des consultations nationales essentielles sur la sécurité et les droits.
Des schémas de négligence rappelant des scandales passés
Cette situation rappelle la dernière attribution simultanée de Coupes du monde à la Russie et au Qatar, où des négociations opaques ont conduit à l’arrestation de dirigeants de la FIFA et à l’attribution à des pays ayant des antécédents d’abus. L’organisation de la Coupe du monde de football 2018 en Russie a été marquée par la mort de 21 travailleurs lors de la construction des stades, souvent à la suite de chutes évitables ou d’accidents de machines liés à une application insuffisante des règles de sécurité. Des rapports ont également signalé qu’au moins 110 travailleurs nord-coréens avaient été contraints de travailler sur le chantier de la Zenit Arena à Saint-Pétersbourg.
Les préparatifs de la Coupe du monde 2022 au Qatar ont coûté la vie à des milliers de travailleurs migrants, souvent déclarés morts de causes « naturelles » sans enquête approfondie, privant leurs familles de tout recours. Même pendant le tournoi, des travailleurs sont morts après des chutes — une première pour les Coupes du monde — tandis qu’aucune compensation n’a été versée aux familles concernées.
Ces précédents expliquent pourquoi les organisations sportives internationales font l’objet d’un examen de plus en plus attentif. Des institutions comme la FIFA exercent une influence immense, générant des milliards de revenus et attirant des milliards de téléspectateurs. Attribuer des méga-événements à des pays ayant de mauvais antécédents en matière de droits peut amplifier les dommages : la construction de stades et d’infrastructures nécessite une main-d’œuvre migrante massive, souvent dans des conditions dangereuses. Les critiques dénoncent également le phénomène de « sportswashing », par lequel des États utilisent des événements sportifs pour redorer leur image malgré la répression.
Le bilan de l’Arabie saoudite alimente les doutes
La trajectoire récente de l’Arabie saoudite sous le prince héritier Mohammed bin Salman soulève des inquiétudes accrues : exécutions massives, restrictions persistantes sur l’autonomie des femmes via le système de tutelle, et usage de la force meurtrière contre des migrants à la frontière avec le Yémen. Les dissidents pacifiques subissent torture et longues peines de prison, parfois pour de simples publications sur les réseaux sociaux.
Les relations sexuelles hors mariage, y compris les relations entre personnes du même sexe, peuvent entraîner la peine de mort, ce qui pousse les personnes LGBTQ+ au silence face aux risques de persécution. Les visiteurs — joueurs ou supporters — s’identifiant comme LGBTQ+ pourraient faire face à des discriminations, du harcèlement ou pire encore.
Les journalistes, militants et observateurs travaillent dans un climat de forte répression : emprisonnement, intimidation ou silence forcé. La liberté d’expression est sévèrement restreinte, ce qui est incompatible avec les exigences d’une Coupe du monde en matière d’accès libre des médias. L’assassinat et le démembrement en 2018 du journaliste critique Jamal Khashoggi par des agents saoudiens — acte lié à des décisions de haut niveau — illustre ces dangers.
Les travailleurs migrants, environ 13,4 millions dans le pays, restent vulnérables malgré des réformes partielles en 2021 du système de parrainage et des règles du travail. Fraudes au recrutement, salaires impayés et protections insuffisantes contre la chaleur persistent. Sans syndicats indépendants, presse libre ou observateurs externes, la construction de stades, de transports et d’hôtels pourrait reproduire les tragédies observées au Qatar et en Russie : coups de chaleur, chutes et décès non investigués.
La FIFA n’a jusqu’à présent pas expliqué publiquement comment elle évalue les conditions en Arabie saoudite, malgré l’accueil favorable de sa candidature. Des précédents, comme l’examen limité avant la Coupe du monde des clubs de la FIFA 2023 organisée à Djeddah, alimentent le scepticisme.
Des enjeux plus larges pour l’organisation du sport mondial
Les fédérations sportives internationales sont de plus en plus confrontées à ce dilemme. Organiser des événements dans des pays aux antécédents contestés en matière de droits peut menacer la sécurité des athlètes et des supporters. Les fans LGBTQ+ pourraient s’autocensurer ou courir des risques ; les femmes pourraient se heurter à des restrictions sociales ; les journalistes pourraient faire face à l’expulsion ou à l’arrestation. Les travailleurs migrants restent les plus exposés, leurs décès étant souvent classés comme de simples « accidents ».
La controverse soulève donc une question centrale : l’Arabie saoudite est-elle un hôte viable pour 2034 ? Un pays qui restreint les observateurs indépendants peut-il réellement appliquer les normes de la FIFA ? Les milliards investis dans les infrastructures éviteront-ils les tragédies observées au Qatar ?
De nombreuses voix — athlètes, ONG et fédérations — réclament davantage de transparence et de responsabilité. Elles appellent la FIFA à rouvrir la procédure de candidature pour 2034, à publier clairement ses politiques en matière de droits humains et de travail, à les appliquer strictement et à consulter les parties prenantes de manière transparente.
Le football prospère grâce à l’unité mondiale, pas à la répétition de tragédies évitables. Alors que les candidatures se clôturent, le monde observe : la FIFA tirera-t-elle les leçons du Qatar et de la Russie, ou répétera-t-elle ces risques en Arabie saoudite ? Pour les travailleurs, les supporters et l’intégrité du sport, l’enjeu est considérable.